J’arrête les grandes villes

C’est pour de bon, j’arrête les grandes villes.

Je me suis déjà pas mal plainte de Paris, mais jusqu’à maintenant je pensais que ma frustration avec cette ville venait du fait que j’y vivais, plutôt que d’y être juste de passage.

J’ai encore de bons souvenirs de certaines villes, comme Londres, mais pour être honnête jamais quoi que ce soit que j’ai vécu dans une ville n’arrive à la cheville d’être simplement assise en face d’un paysage magnifique, entourée par les sons discrets d’une forêt.

Pourtant, en planifiant mon voyage en Turquie, je n’ai jamais envisagé de sauter Istanbul. J’avais prévu d’y passer deux jours avant de prendre un bus de nuit pour la Cappadoce.

Dans la navette entre l’aéroport de Sabiha Gokcen et Kadıköy, le côté asiatique d’Istanbul, quand j’ai regardé par la fenêtre, j’ai pensé : « Tiens c’est marrant, ça ressemble à Paris. »

Quand je suis montée jusqu’à la place Taksim depuis les quais, j’ai pensé : « Ca ressemble toujours à Paris », et tout de suite après : « Oh, un chat ! Miaou p’tit chat !! ». (Explication : il y a beaucoup de chats errants à Istanbul, et je perds la tête à chaque fois que je vois un animal).

Quand j’ai marché tout le long de la fameuse rue Istiklal pour la première fois, poussée par les touristes et passant devant au moins deux Burger Kings et deux MacDonalds, je n’avais plus rien à dire.

Quand à Sultanahmet j’ai réalisé que le Grand Bazaar était en fait un centre commercial, j’ai fait demi-tour.

Avant que tout le monde ne s’énerve ; ceci n’est pas une propagande anti-Istanbul. J’utilise simplement cet exemple parce que c’est la ville que j’ai visité le plus récemment.

Mais, réfléchissons une petite minute : pourquoi est-ce que l’on voyage ? Pour moi, et je pense pour beaucoup de monde, une grosse partie du voyage est d’en apprendre plus sur une autre culture, de découvrir des gens différents. Dites moi, comment est-ce que je suis censée faire ça à Istanbul ? Ou dans n’importe quelle autre grande ville touristique ?

Dans ce genre de ville, on est censés se familiariser avec la culture grâce aux monuments et aux musées, mais est-ce que tu crois vraiment connaitre quoi que ce soit des vrais parisiens parce que tu as vu la Tour Eiffel ? Est-ce que tu crois vraiment en savoir plus sur les Turques modernes après avoir visité l’Hagia Sophia ? Les exemples sont infinis.

Bien qu’en apprendre plus sur l’histoire et la culture passée est intéressant, je ne suis ni historienne ni architecte, et donc toutes les informations qui peuvent m’intéresser sur le sujet sont déjà disponibles sur l’écran de mon ordinateur. Quand je voyage, je veux découvrir quelque chose de réel, de vrai, je veux vivre le lieu et les gens comme ils sont vraiment, comme ils sont actuellement.

A Istanbul, j’ai rencontré plus de touristes que de locaux, je ne savais pas quoi manger parce que je ne savais pas où trouver de la nourriture traditionnelle, j’ai entendu parler plus anglais que turque dans la rue, toutes les activités suggérées par mon guide avaient un prix d’entrée et il y avait tellement de monde que je devais me faire un chemin à travers la foule tout comme dans mon métro quotidien.

Par contre, ça ne faisait même pas deux heures que j’étais en Cappadoce que j’étais en train de boire mon premier thé turque dans le magasin d’un vieux marchand qui m’expliqua tout sur le mariage traditionnel turque après que j’ai demandé ce qu’étaient ces « pompons » au plafond.

Istanbul n’est plus vraiment Turque. Tout comme Paris, Londres, New York, Rome, Bangkok, Sydney, … Ce sont des villes-musées. Quand tu arrives, il y a certainement quelques locaux qui tiennent la caisse, mais la foule est faite d’étrangers, admirant les reliques d’un passé lointain.

Et moi je ne voyage pas pour le passé. Je voyage pour le présent.

C’est pourquoi, à partir de maintenant, je ne me sentirai plus obligée de passer par les capitales ou grandes villes des pays que je visite. Je ne dis pas que je n’irai plus jamais dans une ville, mais juste que ce ne sera plus un arrêt impératif, peu importe la renommée de la ville en question. Par exemple, je viens de réserver un vol pour la Roumanie, mais ne t’attends pas à un guide sur Bucharest.

J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce post parce que j’avais peur qu’on me dise que je suis folle, que je n’ai clairement pas visité les bonnes villes, ou que je suis fermée d’esprit, etc. Mais comme ma décision de renoncer aux villes va avoir un effet visible sur ce blog, je me suis dit qu’il valait mieux que j’expose ce qui m’a conduit à cette décision, et que j’entende ce que vous en pensez.

Alors, est-ce que tu considérerais éviter les capitales dans tes voyages, ou est-ce que tu penses que je suis folle ?

i'm swearing off cities pin fr

7 commentaires sur J’arrête les grandes villes

  1. Hello, je suis exactement comme toi, je ne trouve rien d’enrichissant à visiter les capitales des pays et je les évite le plus possible. Ce n’est pas là que l’on apprend de la culture d’un pays, car comme tu dis, il y a plus de touristes que de locaux. Quand je vais quelque part, j’aime vivre comme les locaux et pour cela il faut éviter les capitales qui de plus, n’ont rien de “magnifique” ni d’extraordinaire comparés au reste.

    • Merci pour ton commentaire, tu as bien raison c’est de plus en plus dur de trouver d l’authenticité dans les grandes villes!

  2. Je suis comme toi, je n’aime pas les grandes villes quand je voyage. Pour autant, je ne suis pas entièrement d’accord avec le fait que ce n’est pas la vraie culture, les “vrais” locaux dans les grandes villes. Ils ne vivent peut-être pas selon l’image qu’on a mais les Roumains de Bucharest sont tout autant Roumains que les autres. Ils ressemblent plus aux Parisiens sur certains aspects, certes. Leur vie, leur quotidien, c’est de manger des pizzas italiennes, de conduire des autos japonaises, de regarder des séries américaines.
    C’était quelque chose que j’avais déjà en tête mais qui s’est renforcé avec mon voyage de 4 mois au Panama. En discutant avec eux, ils m’ont expliqué qu’ils avaient parfois l’impression de devoir jouer un jeu pour les touristes qui ne les trouvent pas assez authentiques.
    Quant à la convivialité, on peut la trouver partout mais c’est sur que dans une capitale économique où chacun se rue dans le métro, il est moins aisé de faire des rencontres. Toutefois en trouvant de bons petits bars, c’est toujours possible. J’ai trouvé intéressant de discuter avec des personnes de la ville parce qu’ils jonglent avec leur culture ancestrale et la modernisation mondiale. Ce qui d’ailleurs le cas dans la majorité du pays bien souvent.
    Je comprends néanmoins ton point de vue mais il serait dommage de passer à côté de certaines expériences qui ne sont possibles qu’en ville.

    • Je suis d’accord avec toi, d’ailleurs finalement rencontrer les locaux est certainement la meilleure façon de trouver un peu de “vrai” dans ces grandes villes touristiques !

  3. Je comprends ce que tu veux dire, mais je ne suis pas d’accord avec toi. Ce n’est pas le fait que ça soit des “villes musées” le problème. Le vrai problème, c’est l’uniformisation mondiale. Je m’explique. Dans n’importe quelle capitale du monde, tu va trouver une rue ou un quartier où tu auras les mêmes enseignes, genre h&m, forever21, uniqlo, beneton… Et ces enseignes proposeront partout les mêmes fringues, les mêmes styles. Et les habitants des grandes villes finiront par tous se ressembler, que ce soit à Paris, Shangaï, New York ou Istambul (je ne cite pas Londres car je trouve que c’est une capitale qui a vraiment une identité à part). Au final, le problème, c’est la mondialisation et l’uniformisation tu ne trouves pas ?
    Après, c’est sûr que le tourisme de masse, c’est aussi quelques chose qui change beaucoup les villes, ne serait-ce que parce qu’on entend plus parler anglais que la langue officielle du pays (et aussi que nous, voyageurs, on ne puisse pas profiter tranquilles des lieux sans tous ces c*** de touristes 😉 )

    • Je suis tout à fait d’accord avec toi, c’est exactement ce que je voulais dire par “ça ressemble à Paris”. Toutes les grandes villes se ressemblent de plus en plus, et il ne reste plus que les espaces touristiques qu’on laisse là pour faire semblant !

  4. Euh, j’ai un peu de mal, là, sur plusieurs idées : une ville musée, c’est ennuyeux? Bah, je trouve ça tellement enrichissant! Tout ce patrimoine conservé, à portée de main, plus ou moins appréciable en fonction de notre bagage, il est vrai -je ne parle pas du sac à dos, forcément. Pour ma part, c’est la raison pour laquelle je voyage, et même quand ça n’était pas le but premier, comme lors de mon séjour syrien, ça l’est devenu par la force des choses.

    D’autre part, je vois mal comment vivre comme les autochtones en passant quelques jours sur place, tout en sachant qu’à Paris, en Auvergne ou à Lyon, mon confortable chez moi m’attend. Tout en sachant aussi que pour l’autochtone, nous sommes des étrangers, différents par le mode de pensée, la religion parfois, la couleur aussi ça arrive, et tant de choses. Alors, certes, on n’est pas censé ignorer ce qui se présente à nos yeux, mais y’a un petit côté qui me met mal à l’aise dans ce “découvrir le mode de vie des autres” : c’est un peu voyeur. Et puis, puisque j’ai déjà évoqué la chose avec d’autres personnes sur un certain nombre de destination, j’ai tout simplement retourné la question : “vivre avec les gens sur un séjour, chez eux, en payant le service? Est-ce que toi, en France, tu es prêt à faire de même si un jamaïcain, un turc ou un indonésien te demande la même chose dans la rue?”. Voilà un peu ce qui me dérange dans la démarche. Pour vivre comme un autochtone, on s’installe et on s’intègre : ça s’appelle émigrer.

    Petit coup de gueule en effet, pas méchant, mais c’est un échangé d’idées, n’est-ce pas? Enfin, plutôt ok avec Mlle Bambelle : tout tend à s’uniformiser dans les grandes villes, et même ailleurs. A Rio, Recife ou Salvador, j’étais un peu déçu que tous les locaux soient les yeux rivés sur leur smartphone dans le bus. Mais finalement, ainsi ils ne faisaient pas attention à moi, et quelque part, c’était pas plus mal. On ne peut pas reprocher aux gens de vivre avec leur temps, nous faisons de même en participant au tourisme de masse et ceux auxquels nous rendons visite aujourd’hui feront de même lorsqu’ils en auront les moyens. A ce moment-là, pas sûr qu’on apprécie qu’il nous soit reprochée l’absence de béret et de baguette sous le bras.

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