Une nuit dans le désert du Thar

Je n’arrêtais pas de tousser. J’avais l’impression que mes poumons étaient plein de sable. Le chameau me dépassa en trottant, indifférent à l’énorme nuage de poussière qu’il créait. La petite fille dans le chariot attelé au chameau n’était pas indifférente à ma présence, elle. Elle me fixait, ses yeux noirs écarquillés et plein de curiosité, tournant la tête vers moi alors que le chariot me dépassait sur le sentier sablonneux.

Pas beaucoup de femmes blanches qui se baladent seules dans le coin.

camel cart local

Tous ceux qui voyagent jusqu’au Rajasthan, en Inde, rêvent d’un safari dans le désert du Thar. Et comme c’est l’Inde, même un backpacker au mini budget comme moi peut se le permettre. La plupart des safaris proposés sont à dos de chameau, mais comme ça ne m’apporterait aucun plaisir d’asservir un animal aussi fascinant, j’ai demandé à faire un safari à pied (cas n°999 où j’ai reçu un regard consterné signifiant « elle est fooolle »). Mais mon hôte arrangea tout (plus d’infos sur où la trouver et à quel point elle est géniale à la fin de l’article) et je quittais Bikaner dans l’après midi, accompagnée de mon guide.

camel
Le guide me conduit en jeep à la découverte d’une Inde plus rurale. Les vaches, chèvres et chameaux se relayaient pour créer des embouteillages sur les petites routes de village. J’aperçus des antilopes, renards et paons depuis la fenêtre.

goat road

Les bâtiments se transformèrent en huttes et la route de béton en sable. Après un rapide arrêt et un verre de chai au village, je commençai la randonnée, suivant le guide.

Une femme rentre chez elle au milieu du Désert du Thar.

Une femme rentre chez elle au milieu du Désert du Thar.

Heureusement, l’air avait déjà commencé à se rafraichir. Le soleil était juste au dessus de la ligne d’horizon, parfaitement rond et d’un orange éclatant, comme je l’avais toujours imaginé.

Trente minutes plus tard, j’arrivai à un groupe de trois huttes basses, les seules habitations en vu au milieu du désert vide, qui servait d’abri à une famille entière. Les enfants, sans dire un mot, me conduisirent à l’intérieur pour me montrer l’espace cuisine, les lits, … Pas d’eau, pas d’électricité, pas même de porte. Je me sentais inconfortable et je ne pris pas de photos, l’idée même semblait déplacée. A quoi pensaient-ils ? Etaient-ils satisfaits de cette vie ? Heureux ? Est-ce que ma présence leur donnait le sentiment d’être pauvre ou inculte ? Ils souriaient et avaient l’air en bonne santé, mais j’avais le sentiment d’être un voyeur. Je fis mes adieux et repris la marche.

camel hut local-2

La nuit était tombée. Sans la lune, l’obscurité aurait été complète. Les étoiles commencèrent à apparaitre. Ca faisait longtemps que je ne les avais pas aussi bien vues.
Deux heures plus tard, le guide s’arrêta brusquement et pointa du doigt une dune de sable, quelques mètres à l’écart du sentier.

« Est-ce que tu vas réussir à monter en haut ? » il me demanda.

Je marchai jusqu’au pied de la dune et plantai une chaussure dans le sable. Aucune accroche, c’était mal parti. Je retirai mes sandales et entamai l’ascension. A chaque pas j’enfouissais mon pied profondément dans la dune, attrapant le sable avec mes orteils pour ne pas glisser en arrière. Je me retrouvai rapidement avec la respiration courte, mais toujours avec le sourire. C’était comme ces jours d’enfance à la plage où l’on s’imagine des aventures incroyables sur nos châteaux de sable effondrés, sauf que cette fois c’était pour de vrai.

J’atteignis le sommet. Derrière moi, le guide s’étouffait à moitié, n’ayant même pas parcouru la moitié de la pente.

En haut, la dune était plate, avec juste quelques buissons secs qui s’accrochaient encore au sable. Je m’assis par terre, enfouissant mes pieds et mes mains dans le sable tiède avec délice, les yeux au ciel, à la recherche de dessins familiers parmi les étoiles.

« Est-ce que tu veux une tente pour dormir ? » me demanda le guide après m’avoir rejoint.

Bien sûr que non, je voulais dormir sous ses étoiles brillantes, dans le parfait silence du désert.

Le paysage que j'ai découvert autour de moi le matin.

Le paysage que j’ai découvert autour de moi le matin.

bird sand

Au matin, mon petit matelas était entouré des empreintes de pattes dans le sable d’un oiseau curieux. Un chien sauvage était endormit en boule quelques mètres plus loin, content d’avoir trouvé de la compagnie. Il n’y avait pas un bruit dans le désert. Je m’assis dans la lumière naissante, m’enveloppant dans le duvet, et attendis le soleil.

sunrise moi
Si tu es là pour voir le soleil se lever, tu sais déjà que la journée n’a pas été gâchée.

Pour ton Pinterest !

Pour ton Pinterest !


A Bikaner, j’ai dormis à l’AFEV Foreigner’s Center, une guesthouse et association gérée par Natasha (une française !). Elle a fait beaucoup pour Bikaner, entre autre l’installation de containers, la sensibilisation à l’environnement, la recherche de travail pour ceux qui n’en ont pas, et tout un tas d’autres projets. C’est également Natasha qui a trouvé mon guide, tu peux lui faire confiance pour trouver des gens bien et des prix justes. Bien sûr, je t’encourage à aller la rencontrer, et même à lui donner un coup de main si tu ne sais pas quoi faire de ta journée. Elle accepte également parfois les volontaires si tu veux te poser à Bikaner pendant un peu plus longtemps. Pour la contacter c’est ici.

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