Un peu d’empathie

Quand j’étais plus jeune, j’avais en tête cette représentation de l’adulte qui avait réussi : impitoyable, sûr de lui, qui sait comment faire pour atteindre ses objectifs, écrasant quiconque se tient entre lui et l’objet de son désir.

J’ai aspiré à devenir cet adulte. Je pensais que c’était qui je devais être pour susciter le respect, devenir un meneur, un créateur de projet, et non pas un suiveur docile. Et j’y arrivais plutôt bien. Un jour j’ai fait pleurer un de mes collègues. Je me sentais un peu mal pour lui, mais j’étais tout de même convaincue d’avoir bien fait mon boulot. Après tout, c’est ce que font les leaders audacieux, n’est-ce pas ? Les autres devraient avoir la peau un peu plus dure si ils espèrent pouvoir me suivre.

De l’autre coté du spectre, une jeune Cora découvrait le bouddhisme, qui proposait une vision de la vie et de nos relations aux autres complètement différente. Et moi (la végétarienne même pas capable d’écraser un moustique) je me découvrais en accord complet avec leurs valeurs. J’avais trouvé ma place.

Mais comment est-ce que j’étais sensé faire pour éprouver de l’empathie envers les autres tout en les écrasant pour pouvoir avancer dans ma carrière ?

Ma solution fut de créer deux versions de moi : la Cora-impitoyable-et-froide au travail et la Cora-compréhensive-et-décontractée. Le petit grain de sable dans ma solution brillante était que la Cora empathique n’était là que pendant les vacances et, comme certains d’entre vous ont dû l’apprendre, plus on vieillit, moins on a de vacances.

Puis j’ai commencé à voyager, à rencontrer des gens en dehors de mon travail et de Paris, à découvrir de nouveaux endroits et de nouvelles cultures, et soudainement tout se remit en place dans mon cerveau. Je compris que ce n’était pas vrai partout qu’écraser tout le monde était nécessaire à la réussite. Ce n’était pas vrai que pleurer était une action humiliante. Ce n’était pas vrai que penser aux bonheurs des autres autant qu’à son propre bonheur était une faiblesse.

Je n’arrivais pas à croire que je m’étais laissé devenir la Cora-impitoyable. J’avais honte.

Je décidais à ce moment là de ne plus faire semblant. De ne plus faire semblant que ça ne me touche pas vraiment quand quelqu’un écrase une araignée sous mes yeux. De ne plus faire semblant que je ne ressens rien face aux sans abris qui me demandent de l’argent dans le métro. De ne plus faire semblant que je n’ai pas envie de pleurer face à des images d’enfants mal nourris.

Ma propre culture m’avait fait croire que ressentir ou exprimer de la tristesse et de la compréhension était une faiblesse, qu’il fallait toujours que je pense à moi avant de penser aux autres, et qu’il était impossible de réussir et d’être bienveillant.

Bande. De. Menteurs.

Tu sais quoi ? Depuis que j’ai arrêté de faire semblant, c’est devenu tellement plus facile d’obtenir ce dont j’ai besoin. C’est vrai qu’au premier regard, on me juge directement comme « trop gentille ». Mais ils ont bien raison ! On discute de façon authentique, je ne suis pas en train d’essayer de leur faire faire quelque chose pour moi, je ne suis pas en train de faire des négociations voilées. Et c’est pourquoi, quand j’ai besoin d’aide, je sais qu’ils répondront présents. Parce que je suis gentille. Je ne crie pas. Je ne fais pas mine de lire un sms en pleine conversation (allez on l’a tous fait). Je suis honnête. Je n’écarte pas les sujets qui me tiennent à cœur par peur de trop m’engager.

Je ne suis presque plus jamais en colère contre quelqu’un, ce qui fait autant de bien aux autres qu’à moi même. Si quelqu’un m’irrite, je fais de mon mieux pour imaginer les raisons derrière ses actions.

Surtout, je me sens bien mieux en ma propre compagnie depuis que j’accepte d’être mon authentique moi.

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Il y a deux choses qui m’ont vraiment aidé à développer cette empathie. La première était de voyager seule (je ne crois pas qu’il y a besoin de te convaincre sur ce point, sinon tu ne lirais pas ces lignes !), la deuxième était la découverte du bouddhisme et surtout de la méditation.

Je ne suis surtout pas en train de dire qu’il faut toujours faire passer les autres en priorité ou qu’il faut devenir l’esclave de son groupe d’ami. Ecouter l’autre c’est aussi s’écouter soi. Je dis simplement qu’un peu d’empathie peut nous emmener loin.

Tout changera de couleur, c’est promis.

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