Perdue en Cappadoce

Où suis-je ?

Perdue. J’étais PERDUE.

Ca avait l’air tellement simple quand le propriétaire de l’hôtel m’avait déposée au démarrage du sentier en m’expliquant comment randonner les vallées rose et rouge de Cappadoce.

« Suis juste le chemin et les balises ».

OK. Mais je commençais maintenant à me demander sérieusement si les fameuses balises étaient bien les flèches taguer en rouge que je suivais depuis le début.

Peut-être que oui, mais je suppose que n’importe qui peut taguer une flèche sur un rocher. Peut être qu’ils pensaient pouvoir donner une bonne leçon aux gens comme moi qui insistent pour randonner sans guide malgré leur désastreux sens de l’orientation.

Face à moi, des rochers effondrés.

Je regardai derrière. Encore des rochers. Je réalisai à cet instant que ça faisait certainement un moment que j’avais quitté le sentier « officiel ». Ces rochers blancs de Cappadoce, poudreux et effrités, avaient lentement créés leurs propres chemins que j’avais bêtement emprunté, jusqu’à ce que la marche se transforme en une ascension précaire.

Hors de question de revenir en arrière, je jurai alors.

Ca avait été tellement glissant en montée, si j’essayais de faire le chemin en descente, j’allais tomber et me casser le cou, c’était certain. De plus, je n’étais même pas sûre de réussir à retrouver le chemin d’origine.

Par contre, j’étais maintenant presque en haut de la vallée. Au point ou j’en étais, autant essayer d’escalader les derniers mètres de ce sentier-qui-n’était-absolument-pas-un-sentier et essayer de m’orienter.

Quelques minutes d’efforts plus tard, j’étais sur une route en terre tout en haut de la vallée et c’était officiel : j’étais perdue. La vue, bien que magnifique, ne me donnait aucun indice sur ma position.

Je pouvais bien voir la vallée rouge, mais complètement dans la direction opposée de celle que j’avais suivi pendant la dernière heure de marche.

Le bon côté des choses, c’est que j’étais définitivement sur un sentier ce coup-ci. Tout ce dont j’avais besoin maintenant, c’était de suivre ce sentier jusqu’à une route, d’arrêter une voiture, et de trouver enfin la réponse à cette question de plus en plus urgente :

Où suis-je ?

En portant ma gourde d’eau à mes lèvres, j’eus une pensée fugace : « Tu ferais mieux de garder ça pour plus tard, au cas où .. ». Je m’auto-fusillais du regard aussitôt (oui c’est possible), dans quoi je m’étais embarquée ? Ce genre de considérations sur l’économie d’eau c’est seulement pour les personnages dans les films et les livres, non ? C’est pour les gens aventureux qui ont de sérieux problèmes, pas pour les petites randonneuses comme moi !

Je repoussai ces pensées inquiétantes, remis mon sac sur mes épaules et, me murmurant un rassurant « Tout va bien, girl », je m’élançai le long de la route de terre, choisissant au hasard d’aller vers la gauche.

Vingt minutes plus tard, j’étais debout en haut d’une falaise. La route de terre sous mes pieds ne menait qu’à un saut en chute libre. Une impasse.

« MERDE ! » Je criai à la vallée rouge désertée que je n’avais pas réussi à atteindre.

Furieuse et un peu paniquée à l’idée que ce chemin de terre ne menait en fait pas du tout à une vraie route, je fis demi-tour et marchai les vingt minutes dans l’autre sens, repassai devant mon point de départ et continuai vers la droite, espérant que j’allais, cette fois, dans la direction d’une vraie route, moderne, polluée, bruyante, … en un mot rassurante.

Quelques minutes plus tard, je sautai littéralement de joie en apercevant des traces de pneus dans la terre et accélérai le pas. La nuit sera là dans une heure, et je ne voulais pas me retrouver seule sur cette maudite route de terre sans fin à ce moment là.

Enfin, je le vis dans la distance, ce fin ruban de béton réconfortant. D’abord c’était comme un mirage, puis j’entendis le vrombissement d’une voiture et je me mis à courir, ne voulant pas manquer cette opportunité. Qui sait combien de voitures par jour empruntent cette route à travers cette vallée déserte ?

Agitant mes bras comme une folle, je courus vers l’intersection de la route et de mon chemin de terre, suivant des yeux la voiture solitaire, comprenant que j’allais arriver trop tard, puis la voyant ralentir et miraculeusement s’arrêter et m’attendre.

Remerciant toutes mes bonnes fées d’avoir l’air (et d’être) une femme sans défense, je courus les derniers mètres et posai, le souffle court, la question qui m’avait obsédée.

Où suis-je ?

Mais ça n’avait plus d’importance. J’étais de retour à la société.

Je suis retournée randonner le lendemain dans une autre vallée et je ne me suis presque pas perdue, ce qui est le mieux que je puisse faire. Je considère mon mauvais sens de l’orientation comme une malédiction et une bénédiction.

Comment peut-on vivre une vraie aventure si on ne se perd jamais ?

DCIM100GOPRO

1 commentaire sur Perdue en Cappadoce

  1. Han le stress!!! Je pense que je me serais mise en position fœtale et j’aurais abandonne beaucoup plus rapidement!

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