Konya, le dernier refuge des derviches tourneurs

Tu as déjà entendu parler des derviches tourneurs ?

Pour moi, je ne les connaissais que comme une image dans un livre. J’y pensais simplement comme quelque chose de typiquement turc dont je voulais faire l’expérience, au même titre que je voulais manger des baklavas. Et c’est pourquoi j’avais prévu une brève visite à Konya dans mon voyage en Turquie, car c’est le seul endroit où l’on peut assister gratuitement à une cérémonie derviche.

Honte sur moi, je sais. Mais, si tu fais parti de ceux qui savent déjà tout sur Rumi et le Soufisme, essaye de comprendre que, en tant que française n’ayant jamais visité un pays musulman auparavant, je ne m’étais jamais encore trouvée dans le bon contexte pour découvrir cette culture.

Mais c’est pour ça qu’on voyage, n’est-ce pas ? Pour apprendre des autres et essayer de voir le monde différemment.

Pour ceux d’entre vous qui, comme moi jusqu’à très récemment, ne comprennent absolument pas de quoi je parle, laissez moi vous éclairer. Laissez moi vous dire pourquoi Konya, qui n’était censé être qu’un court arrêt sur la route, est tout simplement génial.

Pour ton Pinterest ! Photo source.

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En arrivant à Konya, je m’assis dans un parc à côté de la personne avec qui je voyageais ce jour-là et sortis mon guide de voyage de mon sac, me demandant ce qu’on allait bien pouvoir faire en attendant le soir et la cérémonie des derviches.

« Il y a pas mal de musées », je dis avec une grimace, aussi motivée que d’habitude à l’idée de m’enfermer dans une pièce pleine de touristes.

« Où est celui avec la tombe ? » demanda mon amie.

Je fronçai les sourcils en parcourant mon guide pendant une minute puis lui pointa un nom sur une page.

« La tombe de ce gars là ? »

« Ce gars ? » elle répéta d’une voix incrédule. « C’est Rumi. »

Immédiatement, je reçus un cours accéléré sur Rumi, ce gars dont les idées et les poèmes inspirèrent tant de gens, les derviches tourneurs eux-mêmes et une bonne portion du Soufisme, la dimension mystique de l’Islam.

Encore un peu rouge de honte devant ma propre ignorance, j’acceptai alors de visiter le Musée Mevlana, où la tombe de ce gars reposait.

Dans mon cheminement à travers le jardin et jusqu’à la tombe, je commençai à réaliser la lourde signification de ce lieu pour les gens qui m’entouraient. Comment Rumi et son enseignement avait influencé leurs vies. Je ressentais l’émotion de la foule face à la tombe de Rumi. La profondeur de leur attachement. Une femme pleurait silencieusement, un sourire paisible sur les lèvres, les yeux fixés sur le turban traditionnel ornant la tombe.

Je pouvais distinguer des hommes et des femmes de toutes nationalités arborant cette expression pleine de respect, me rendant encore plus curieuse. Qui était donc cet homme qui pouvait transcender toutes les croyances et les cultures avec son enseignement ?

Je fis le tour complet du musée, lisant avec attention chaque panneau explicatif, complétant le puzzle pièce par pièce dans ma tête. Je demandai : « Pourquoi est-ce que c’est si important ? »

« Parce qu’il ne prêche qu’amour. » On me répondit.

C’était donc ça la réponse. A travers l’art, ses poèmes, à travers la musique et la danse, Rumi donnait l’amour comme réponse universelle. Qu’aimer permettait de trouver dieu.

En commençant à lire certains de ses poèmes, leur signification, transcendant religion et foi, me toucha aussitôt. J’oubliai rapidement qu’il parlait d’un dieu, assimilant ses mots à travers le miroir de mes propres croyances.

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Je crois, moi aussi, que nous sommes un, que dès que nous nous comprenons, nous nous aimons. Et que l’amour est la solution de tous les maux. Et bien que dans ce poème là Rumi ne semble parler que des êtres humains, j’ai le sentiment en lisant le reste de son œuvre que son amour s’étend à toute chose, que ce soit un autre être vivant, une action, une pensée, ou juste un rêve.

J’ai eu de la chance de découvrir son enseignement dans ce lieu unique. Ce soir-là, la cérémonie des derviches avait pour moi une signification bien différente, bien plus profonde, que si je n’avais parlé à personne ce jour là, avais évité le musée et m’étais assise dans les gradins sans en savoir plus qu’en partant de chez moi.

Je pensais que Konya n’était qu’une curiosité à voir, mais c’est finalement le premier endroit que je recommanderait à un voyageur visitant la Turquie pour la première fois.

Quand as-tu eu pour la dernière fois une expérience si enrichissante au cours de tes voyages ?


Le Musée Mevlana et la cérémonie sont tous les deux gratuits. La cérémonie se déroule tous les dimanches à 19H. Demande à n’importe quel local et il te pointera dans la bonne direction, on peut marcher jusqu’au stade où a lieu la cérémonie depuis le centre ville.

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