Holi à Pushkar: le meilleur endroit, ou le pire ?

Assister au Holi Festival en Inde est certainement un rêve pour tous les voyageurs. C’était le mien aussi. La couleur, le jeu, la tradition, … ça avait l’air incroyable.

En arrivant en Inde, tout le monde, Indiens et touristes confondus, affirmait que Pushkar était le meilleur endroit pour célébrer Holi. Apparemment, c’était également le plus sûr, surtout pour une femme. Dans les grandes villes, on me répétait de ne pas sortir seule pendant Holi, et que même en groupe je risquais de me faire toucher, ou pire. J’ai aussi entendu des histoires de violence dans les rues, de gens jetant des choses bien plus dégoutantes que de l’eau et de la poudre colorée, et de voir toute la population locale complètement ivre grâce aux « special lassi ».

Le coucher du soleil sur le lac de Pushkar.

Le coucher du soleil sur le lac de Pushkar.

J’ai donc décidé d’être raisonnable (pour une fois), et j’arrivai à Pushkar quelques jours avant Holi. Sur place, toutes les guesthouses étaient remplies à ras bord et les rues étaient pleines de touristes. J’étais restée hors des sentiers battus pendant la première partie de mon voyage en Inde, et j’étais choquée de les voir tous réunis d’un coup. On aurait pu croire qu’absolument tous les voyageurs en Inde à ce moment là s’étaient regroupés à Pushkar. Tout à coup, mes journées étaient remplies de filles blanches se baladant en mini shorts, de hippies arpentant les rues pieds nus, de dizaines de stands vendant de la « pashmina » et de shopping comme seule activité disponible. J’étais un peu perdue.

Les nuits précédant Holi à Pushkar, il y avait toujours des soirées sur la place principale : un spectacle de danse, de la musique, des feux d’artifice, … l’ambiance était électrique et incroyable.

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Le matin de la fête des couleurs, je sortis tôt, mes couleurs à la main et de vieux habits sur le dos. Le premier Indien que je croisai étala de la couleur sur mes joues en me souhaitant un « Happy Holi ». Je lui rendis la pareil en souriant.

En approchant de la place principale, les rues se remplissaient. Rapidement, j’entendis la musique au loin et je me faisais arrêter tous les trois pas pour recevoir encore plus de couleur sur le visage. Sur la place principale, le spectacle était aussi dingue que ce à quoi je m’attendais. La foule dansait sur de la trance, enveloppée d’un nuage de poudre rose. De temps en temps, un jet de poudre montait vers les airs, rendant la scène encore plus irréaliste.

Je m’échappai de la foule quelques minutes plus tard, déjà fatiguée et recouverte de couleur des pieds à la tête. Je rejoignis un groupe d’amies pour explorer les rues. Seuls les enfants nous lançaient de la poudre et de l’eau en riant et en s’amusant comme je l’avais imaginé. Tous les Indiens présents (uniquement des hommes) insistaient pour nous toucher le visage. Le geste, pris à part, était inoffensif, mais pas traditionnel : on se contente de jeter les couleurs dans le festival Indien d’origine, il n’y a pas de contact. Et je me retrouvai plusieurs fois au milieu d’un groupe d’Indiens essayant tous de me toucher le visage en même temps, ce qui était juste trop. Certains étaient même tellement obsédés par l’idée de toucher un maximum de monde (et surement un peu ivre également), qu’ils ne faisaient pas attention et étalaient de la poudre dans mes yeux ou ma bouche (ça brule, pour info).

holi moi-1 (photo by Sandra Rota)

Photo by Sandra Rota.

Je finis par comprendre : Pushkar est le meilleur endroit pour célébrer Holi pour les touristes. Toute l’expérience est taillée sur mesure pour nous : musique trance, fêtes, shopping, rues sécurisées, … Mais les Indiens qui viennent ici pour Holi exploitent notre statut de touriste et notre manque de connaissance, pour encore une fois rassasier leur curiosité pour les gens blancs. (Si tu as déjà été en Inde, tu sauras que cette curiosité existe vraiment et que ce n’est pas du tout un commentaire raciste de ma part). Pendant les deux heures que j’ai passé dehors ce matin là, mon visage a été touché par un nombre incalculable de gens et je me suis retrouvée dans tout autant de photos (des fois ils demandaient poliment, des fois non).

Je me rends bien compte que je donne un rapport plutôt négatif, mais c’est un fait : j’ai été déçue par Holi. Je voulais jouer, courir dans les rues, jeter de la poudre colorée sur les gens, rire, … et à la place j’avais la sensation d’être dans une boîte de nuit remplie à craquer. Je suis sure que cela à beaucoup plu à certains des touristes présents, mais ce n’est vraiment pas mon truc. Je crois que je n’ai rien vu du Holi traditionnel que je recherchais.

J’ai posé beaucoup de questions aux autres voyageurs que j’ai rencontré pendant le reste de mon voyage pour essayer de trouver où était vraiment le meilleur endroit pour célébrer Holi. Mais tout le monde était, soit à Pushkar, soit dans une plus grande ville comme Jaipur, où ils ont seulement participé au Holi organisé par leur guesthouse car ce n’était « pas sûr » dehors.
C’est vraiment dommage que cette journée « de couleur et de joie » qui est tellement populaire soit maintenant une simple excuse pour faire ce qui est interdit le reste de l’année : se droguer, toucher les femme, se battre, … A croire que Holi serait plus agréable sans les Indiens. Mais où alors trouver un Holi « authentique » ? Peut-être que c’est encore une fois une façon pour l’Inde de se dérober à la compréhension du voyageur. Et je ne devrais pas être surprise, ce pays est tellement complexe, il ne livre rien facilement.

Une épingle colorée !

Une épingle colorée !


Quelques conseils pour célébrer Holi : porte des vêtements que tu es prêt à jeter à la fin de la journée, y compris pour les sous-vêtements et les chaussures (sinon porte des chaussures en plastique, ou enveloppe les dans un sac plastique avant de sortir). Le matin, applique de l’huile partout. N’importe quelle boutique en Inde vend de l’huile d’amande pour pas cher. N’oublie pas le visage, les mains, les pieds si tu portes des sandales, le dos et la poitrine (la poudre rentre par le col du tee shirt). Grâce à l’huile, ça sera beaucoup plus facile d’enlever la couleur le soir. Si tu as les cheveux longs, fait un chignon et applique également de l’huile. Pour les hommes, pas la peine de porter un tee-shirt, les locaux vont l’arracher. Garde avec toi le minimum de choses. Si tu tiens à prendre des photos, tu as besoin d’un boitier étanche. Pour finir, Holi se déroule le matin, donc pas de grasse mat’ !

2 commentaires sur Holi à Pushkar: le meilleur endroit, ou le pire ?

  1. Bon et bien je vais me contenter de la Color Run parisienne que j’ai adorée ! Pourtant je rêvais de faire Holi, le vrai !

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