Bienveillance écossaise

En Ecosse, j’étais perpétuellement surprise par la gentillesse de ses habitants, même dans les grandes villes. Si j’étais dans la rue en train de regarder une carte, quelqu’un s’arrêtait toujours pour me demander si j’avais besoin d’aide. Ils faisaient de leur mieux pour diminuer leur accent si je leur disais que je ne comprenais pas. Le premier jour, le chauffeur du bus fit un détour pour me déposer exactement là ou je devais aller parce que j’avais l’air perdue (je l’étais). Une fois, j’attendais à un passage piéton sous la pluie, et quelqu’un est naturellement venu se placer à côté de moi pour que je me retrouve à l’abri sous son parapluie !

Je n’avais jamais rencontré une telle bienveillance générale. Parfois, il suffit d’une personne pour transformer un mauvais jour en un bon souvenir, et c’est exactement ce qu’il m’est arrivé ce jour là en Ecosse.

J’attendais le bus, encore une fois sous la pluie, et j’étais déjà un peu inquiète parce que j’étais en train d’arriver à la fin de mon budget plus tôt que prévu.

Le bus s’arrête devant moi et je suis la première à y entrer. Je donne ma réservation au conducteur. Il y jette un œil et me dit qu’elle n’est pas valide. J’avais fait une erreur avec ma réservation. C’était le bon horaire, le bon jour, mais le mauvais mois. Je lui explique que c’est une simple erreur, et il suffit de me regarder pour savoir que je suis en voyage et qu’il n’y a aucun risque que je revienne dans trois mois pour essayer de reprendre ce bus.

Le conducteur me dit (de façon pas très sympathique) que, soit je paie maintenant, soit je reste sur le trottoir, point barre. L’argent qu’il me demande représente tout ce qu’il me reste dans mon porte monnaie. Je supplie, je sais que j’ai l’air d’être sur le point de pleurer, en plus de quoi je me sens mal de faire attendre le reste des passagers derrière moi sous la pluie, mais le conducteur s’en fiche et finalement, je paie. Je m’installe dans mon siège complètement déprimée en me demandant comment je vais faire pour manger ce soir.

Le bus démarre. Deux minutes plus tard, on me tape sur l’épaule. Je me retourne et me retrouve nez à nez avec un billet de dix livres. Le couple assis derrière moi pense que le conducteur est « a complete ass » (une insulte que je préfère ne pas traduire) et veut me donner un coup de main. Je commence par refuser mais ils insistent et je prends le billet. Je n’ai même pas fini de les remercier qu’un autre passager un peu plus loin dans l’allée se lève et dépose discrètement un autre billet de dix sur mon sac à dos. J’ai maintenant plus de sous que je n’en avais en entrant dans le bus. Je me confonds en remerciements et tout le monde dans ma partie du bus rejoint la conversation, me demandant si je vais bien, si j’ai besoin de plus, et insultant le conducteur.

« Parce que nous, les écossais, on est généralement gentils ».

Oui, j’avais remarqué !

Dans beaucoup d’autres endroits, les gens se seraient contentés de m’en vouloir pour avoir fait attendre tout le monde sous la pluie.

Ce qui est encore plus incroyable, c’est la discrétion avec laquelle ils m’ont aidés. Ils auraient pu donner l’argent au conducteur devant tout le monde, faire étalage de leur bonne action. Mais non, c’était juste pour moi.

J’étais vraiment de bonne humeur en descendant de ce bus. Un peu d’amour et d’empathie peut faire beaucoup.

Après avoir baigné dans la bienveillance écossaise pendant un mois, le retour à la vie parisienne fut un peu comme une gifle en pleine figure. Dans le métro pour rentrer chez moi, je souriais aux gens, disais bonjour, et tout le monde me regardait comme si j’étais folle. Je me suis réintégrée depuis, mais j’ai changé pour de bon après ce voyage en Ecosse, je sais que je suis devenue plus gentille, plus bienveillante.

MILLE FOIS MERCI, MAUDITS SCOTS !

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