Authenticité, lions, tribus et tourisme en Afrique du Sud

L’Afrique du Sud est magnifique. Je préfère commencer par là car ce qui va suivre pourrait être interprété comme le discours de quelqu’un déçu par ce pays, ce qui n’est pas du tout le cas. Avant d’arriver en Afrique, j’avais en tête des images de lions chassant en liberté à travers les herbes hautes, de tribus perdues dans la brousse, de vastes paysages désertiques où rien ne me séparerai de la vie sauvage et des dangers naturels de ces terres brûlantes.

Mais, en tant que touriste, je me suis heurtée à un mur.

Le lion était de l’autre côté du grillage, le paysage de l’autre côté du pare brise, et les tribus de l’autre côté de mon appareil photo. La vérité, c’est que pendant que nous, occidentaux, conservons cette image pure et sauvage de l’Afrique, l’Afrique elle même a beaucoup évolué et s’est considérablement modernisée (et c’est bien normal !). Les attraits touristiques du continent sont maintenant bel et bien des points touristiques, et non pas forcément le reflet de la véritable vie africaine. Le petit problème, c’est que le profit généré par le tourisme en Afrique du Sud (et donc cette fausse image de l’Afrique) a parfois tendance à pousser le pays dans la mauvaise direction …

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Par exemple, les grands parcs nationaux d’Afrique du Sud (y compris Kruger) ne sont pas des oasis de nature conservée où évolue encore l’écosystème original. Au contraire, des espèces ont du être réintroduites ou délocalisées pour maintenir la balance voulue. Des routes ont été aménagées pour les touristes et les prédateurs sont parfois nourris par les humains afin de les rendre moins méfiants et plus approchables. Et n’oublions pas le barbelé qui délimite le parc (animaux en liberté conditionnelle, donc ?)

Quand aux efforts de conservation qui pullulent dans le pays, il convient de se poser la question : conservation de quoi ? Ces associations permettent aux touristes de venir nourrir ou câliner des prédateurs orphelins, mais dans quel but ? Quelle vision de la nature essaye t-on ici de conserver ? Et combien d’impalas et d’antilopes sont abattus dans leur habitat naturel pour maintenir en vie un lion malade incapable de réintégré son écosystème, au nom de la conservation ? (Attention, tout n’est pas à jeter dans le milieu, certaines associations font de belles choses, il s’agit simplement d’y réfléchir à deux fois avant de signer pour un tour.)

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Parlons maintenant des tribus, des « bushmen tribes ». En Afrique du Sud, les Xhosa fascinent les touristes avec leurs villages, leurs traditions et leur language à « clicks ». A tel point que les « tours locaux » permettant de faire l’expérience de la culture Xhosa sont maintenant communs le long de la côte. Les touristes arrivent, les Xhosa dansent, répètent quelques mots pour nous montrer comment « clicker », et puis n’oublient pas de demander un pourboire avant le départ. En bref, ils nous vendent leur culture ancestrale, alors que les jeunes de ces villages partent étudier à Cape Town téléphone en poche. Où est la vérité ?

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En réalisant tous ces faits, j’ai d’abord eu un bref sentiment d’irritation. La curiosité est une des raisons principales qui me poussent à voyager. Je veux voir, entendre et comprendre un pays et une culture différente de la mienne ! C’est peut-être un but très naïf, mais je cherche avant tout la vérité, l’authenticité ! Comment faire dans ces conditions ? Mes rêves d’Afrique vierge et sauvage n’étaient-ils donc que ça : des rêves ? Et je n’étais pas la seule à ressentir un décalage entre mes attentes et la réalité. D’ailleurs, j’ai entendu beaucoup de voyageurs affirmer que l’Afrique du Sud n’était pas la « vraie » Afrique. Euh … pouvez-vous répéter ? Qui sommes nous pour déclarer ça ? 

Car finalement, j’ai réalisé que si je cherchais l’authenticité, c’était cette Afrique là que je devais voir : une Afrique moderne, mais qui garde encore ses racines. Cela ne signifiait pas de faire un trait sur les images qui m’amenaient là : j’ai quand même vu les paysages déserts défiler pendant les heures passées dans les bus locaux. J’ai quand même rencontré les Xhosa en allant faire mes courses sur la Wild Coast. J’ai quand même fait un safari, parce que je voulais vraiment voir des éléphants (en liberté, ce coup-ci), tout en sachant que je participais à une activité touristique, au même titre qu’un vol en parapente ou qu’une randonnée.

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Bref, l’Afrique du Sud est belle, mais ce n’est plus la peine de prétendre que c’est une terre sauvage épargnée par la civilisation (il manquerait plus que ça, on va pas priver les habitants d’électricité pour le plaisir des yeux, n’est-ce-pas ?).

Si je ressens le besoin d’écrire un article complet sur le sujet, ce n’est pas pour le plaisir de râler. C’est simplement que je trouve que c’est bien dommage de voir des touristes venir en Afrique du Sud et dire que ce n’est pas la vraie Afrique. C’est triste de voir tous ces gens se promener les yeux fermés, fixés sur leurs attentes, sans essayer de comprendre le pays lui-même, que ce soit en Afrique ou ailleurs.

Au final, ce que j’essaye de te dire c’est : sois curieux, lis, renseigne-toi, sois un touriste intelligent et engagé ! Une simple recherche sur Internet ou une petite question aux locaux est en général assez pour prendre une décision informée. Ne va pas caresser des léopards enchainés, ne paie pas une fortune à une compagnie touristique pour rencontrer les Xhosa, ne fais pas de shark cage diving et accepte que la scène artistique de Johannesburg est tout aussi africaine que le Serengeti !

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Si tout le monde faisait le simple effort de se demander, avant de s’engager dans un tour ou une activité, si leur action risque d’aider ou de desservir la communauté (locale et touristique), alors le pays se moderniserait encore plus rapidement, et ça dans le respect des communautés, des traditions et des écosystèmes locaux !

En tout cas, ça ressemble à ça dans le monde de mes rêves. Pas toi ?

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